Le monde de demain / UP Conférence à Sceaux

“Je n’ai pas assisté à vos présentations, mais j’ai cru comprendre que vous aviez fait preuve d’optimisme“, Monsieur le maire de Sceaux Philippe Laurent, vient conclure ainsi une passionnante soirée organisée par le GROUPE SOS et UP Conférence dans une salle comble de l’Hôtel de ville ce mercredi 17 mai. On espère que “le monde de demain” sera fait par des optimistes car le monde d’aujourd’hui est à la peine. Sur les quatre invités de la soirée, au moins deux ont évoqué avoir vécu des “burn-out”. Sous-entendant le constat d’une société en difficulté et pour “construire un monde meilleur”, Cyril Dion (Co-fondateur du mouvement Colibris et réalisateur du film Demain), Anémone Berés (présidente de la fédération Envie) et Maxime de Rostolan (fondateur de Fermes d’Avenir) ont discuté des modes de vie et des pratiques économiques adaptés aux crises de nos sociétés.

Conseiller de l’économie sociale et solidaire de la ville, Othmane Kahoua a lancé simplement le débat en déclarant : “En s’appuyant des valeurs humanistes, nous pouvons contribuer au vivre ensemble par le faire ensemble“. Les interventions des trois invités ont ensuite illustré cette possibilité selon leur propre parcours. Cyril Dion raconte son cheminement – en passant donc par le burn-out – et souligné qu’un des objectifs de son film Demain, réalisé avec Mélanie Laurent, était de toucher le grand public. Dans la salle tout le monde ou presque a vu le film, c’est entendu et on en sourit. Cyril Dion souligne aussi que lors d’une présentation effectuée auprès de grands cadres de l’assurance : aucun ne connaissaient Pierre Rabhi. L’assemblée est donc supposée être déjà sensible à ces sujets et avertie. Anémone Béres avance un discours plus technique sur le fonctionnement et la nature de l’économie (ajoutons ici “réelle”) et la nécessité de passer d’une “économie de déchets” à une “économie de ressources“, reprenant ainsi la raison d’être de l’économie circulaire. Avant de faire un plaidoyer pour les entreprises de sa fédération Envie et la vie en entreprise tout court : “Beaucoup de gens sont heureux en entreprise quand ils aident d’autres personnes, quand il y a du lien entre les gens.”

On tourne autour des sujets présentés devant un acquiescement généralisé. La place n’est pas à la polémique ni à la contradiction, il s’agit plutôt d’accompagner un mouvement, voire de transmettre un espoir. Maxime de Rostolan présente son parcours rapidement avant de digresser plus vigoureusement. Le fondateur de Fermes d’avenir parle des avantages du biomimétisme, de la protection de la diversité naturelle, la rentabilité de l’agro-écologie mais aussi remet en question la nécessité de travailler, et mentionne les lobbyistes agissant auprès du parlement européen. On décrit la trajectoire de salariés démissionnaires, décidés à changer de vie, qui rejoignent les adeptes de la permaculture.  Le discours se radicalise tout en restant assez général pour ne pas déclencher de polémique dans la salle. Le public, visiblement assez sage, poursuivra un peu plus tard informellement la discussion. On entend quelques remarques qui dénotent : “Je n’aime pas que l’on m’impose la vérité !” ou “Le travail, c’est important quand même !“. Il apparaît plus globalement qu’il y a des contradictions encore difficiles à résoudre entre des enjeux locaux, de réinsertion, de réappropriation des outils économiques et politiques et les mécanismes macro-économiques qui les englobent. C’est aussi une remarque que l’on pouvait faire à la lecture du formidable ouvrage de Bénédicte Manier (malheureusement non mentionnée lors de la soirée), qui a inspiré le film Demain : comment articuler des initiatives citoyennes à une économie globalisée ? Comment pérenniser la transition écologique dans un cadre qui privilégie le libre-échange et le productivisme ? Il est facile d’imaginer que ce sera une question centrale lors des arbitrages du gouvernement d’Edouard Philippe s’il était confirmé dans cette configuration après les législatives.

Pour ma part, j’ai quitté Sceaux après avoir rencontré Nicolas Goudy, Président-Fondateur de Hacktiv.org, et décidé à tester la plateforme jemengage.paris.fr.
Les initiatives citoyennes ne manquent pas mais comment vont-elles se pérenniser ? En tant que chômeur/auto-entrepreneur, il faut avoir de l’optimisme pour imaginer que le bénévolat relancera le lien social et économique. Engageons-nous pour une société du faire et de la responsabilité en espérant que le mode marketing de l’innovation sociale ne masque pas la redéfinition du réel politique en cours.

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